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La popularisation du terme "fake news"

Dernière mise à jour : 24 mars

La désinformation et les rumeurs ont toujours accompagné la vie sociale et politique, de l’Antiquité aux campagnes de propagande du XXe siècle. L’expression « fake news » apparaît elle, à la fin du XIXe siècle, autour des années 1890, dans la presse américaine, où elle est utilisée pour désigner des informations erronées ou inventées publiées par des journaux. Elle sert alors à dénoncer des rumeurs, des faits déformés ou des articles mensongers, souvent dans un contexte de concurrence médiatique. Le terme n’est pas encore théorisé : il fonctionne comme une étiquette descriptive ponctuelle, proche de « false news », déjà utilisé auparavant. Son usage reste limité et n’a pas la dimension politique ou stratégique qu’il prendra bien plus tard.


L’expression s'est généralisée à partir de l’élection présidentielle américaine de 2016, lorsque des sites internet se sont mis à fabriquer de fausses informations virales pour influencer l’opinion ou générer des revenus publicitaires. Le terme est ensuite repris massivement par Donald Trump, qui l’emploie non seulement pour désigner de vraies intox, mais aussi pour discréditer les médias critiques.



Le terme est donc devenue une arme rhétorique. On ne parle plus seulement de fausses informations fabriquées, mais on accuse d’être de la “fake news” tout contenu jugé dérangeant, biaisé ou simplement opposé à ses convictions. Le mot se vide partiellement de son sens initial, jusqu’à devenir un label politique et médiatique pour tenter de sensibiliser le grand public à la trumpisation de la vie politique mondiale. En voici un bel exemple par le Kremlin dès 2017 :


The Kremlin has denied meddling in the campaign. It also said this week that a French media report alleging Fillon was paid to arrange introductions to Putin was "fake news”. Reuters.com, 23 Mar. 2017

L'année suivante, une étude est menée à partir d’un corpus de 34 articles publiés entre 2003 et 2017 pour mieux comprendre la réalité que recouvre le terme dans la littérature académique. Les auteurs identifient les différentes acceptions du terme : satire, parodie, fabrication, manipulation, publicité, propagande....


Ce résultat montre que l’expression "fake news" est floue et problématique d’un point de vue scientifique. Sa popularisation dans le discours médiatique et politique a contribué à sa banalisation et à la perte de précision conceptuelle.


Par ailleurs, mon expérience professionnelle au ministère de l'Intérieur m'a démontré qu'utiliser le mot fake news revient à mettre sur le même plan la mésinformation diffusée par une personne physique isolée et une ingérence étrangère orchestrée par une puissance hostile.


Au regard du cadre légal français, cela est inexact et propulse sur le même plan une personne isolée qui n'a aucune intention de nuire, sans ressource financière et technique particulières, et de l'autre une méga puissance qui elle bénéficie de moyens financiers parfois colossaux pour diligenter ou faire appel à des entreprises tiers pour mobiliser des acteurs multiples : ingénieur cyber, communicant, graphiste, influenceur...


En droit français, la distinction entre mésinformation et désinformation ne repose pas sur des catégories juridiques formellement définies, mais sur un critère central : l’intention. La mésinformation désigne la diffusion d’une information fausse sans volonté de tromper (erreur, mauvaise interprétation), tandis que la désinformation implique une intention délibérée de manipuler ou d’induire en erreur. Or, le droit français ne sanctionne pas l’erreur en tant que telle : ce qui est visé, ce sont les contenus manifestement faux, diffusés de mauvaise foi et susceptibles de produire un trouble (ordre public, sincérité du scrutin, etc.).



Sources :


Defining Fake News, Digital Journalism



 
 

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